2009/05/07

Généralbol

Maq vient de m’envoyer un lien sur la nouvelle campagne électorale orange. Franchement, je suis ulcérée par la qualité des commentaires. Je n’aurais jamais cru qu’un jour j’aurai honte des Libanais. Ces illuminés se rendent-ils compte que leur général a fait des alliances avec des myzogynes de tous bords ? D'ailleurs je n'ai jamais vu Orangina s'occuper de la condition de la femme au Liban, même que visiblement il n'accorde aucun rôle politique à sa descendance féminine (la tradition libanaise voulant qu'on se transmette les rôles politiques de génération en génération), privilégiant ses gendres, cousins ou autres mâles à qui on a parfois envie de dire : Soyez gentils, taisez-vous. Cela fait un moment qu'on tente d'abrutir le peuple libanais, et je crois que ça marche bien. Alors soyez belles chères Libanaises, passez vos journées entre les brunchs, le coiffeur et l’ethéticienne, pendant que la « srilankaise philipinienne » s’occupe du foyer, des gosses et de Monsieur, et puis, le dimanche 7 juin 2009, montez dans votre 4X4 –véhicule spécialement conçu par les Allemands (parce qu’on boycotte l’oncle Sam depuis l’alliance avec les anti-Big Satan –j’en suis à ma troisième mise en apposition et c’est grave-), donc je disais le véhicule spécialement conçu par BMW et Mercedes pour les autoroutes de Gemmayzé et d’Achrafieh, et dirigez-vous vers le bureau de vote de votre circonscription. Avant de descendre de la voiture, vérifiez la bonne tenue du maquillage et la profondeur de votre décolleté, procédez à une dernière retouche si besoin est, en jettant un regard sur le rétroviseur pour voir si la boniche s’occupe des mômes, parce que c’est bien pour ça qu’elle est sous-payée, et descendez de la voiture... Dirigez-vous vers les urnes et, après avoir lancé des regards aguichants en direction de tous les mecs du bureau, votez pour la liste du général. Profitez-bien des rayons de soleil qui caressent votre peau auto-bronzée, parce que le 8 juin 2009 vous risquez de vous réveiller dans la nouvelle République Islamique du Liban, où vous pourrez rester belle, sous votre burka, et où vous pourrez danser et bruncher dans la loge des femmes au rythme des chansons de Ghassan Rahbani, le Rimbaud libanais qui aura bientôt son siège au Parlement. Après Charles Malek, Ghassan Tuéni et Riad El Solh, le Liban sera confié aux bons soins de Ghassan Rahbani, le fondateur de l’Académie des Four Cats et l’auteur de ce vers anthologique : “Boui Boui Boua Bouita Boua” . Ami non arabophone, je te préviens que ces mots ne sont qu’une série d’onomatopées qui n’ont pas plus de sens en libanais qu’en français. C’est un peu comme si on vous demandait de voter aux législatives pour le monsieur qui chante Kou rou kou kou rou kou kou stach stach. Mais voter kouroukoukou, faut vraiment être une belle libanaise pour le faire. Chère compatriote, sois belle et vote. Moi, je reste bête. Je ne voterai pas.

2009/03/02

Il faut euthanasier le Moyen-Orient (après avoir évacué les gens que j'aime)

Il aura fallu que je traverse l'atlantique pour que je me rende à l'évidence. Le Moyen-Orient devrait cesser d'exister. Cette idée m'est venue en achetant mon nouveau portable chez T-Mobile, lorsque la jolie chica en rose a confondu mon nom de famille avec le lieu d'émission de mon visa, en l'occurence Beyrouth. Pour elle, je m'appelle Beirut.
"Désolée, je dois apprendre à lire un visa. Je n'avais jamais entendu parler de ce pays [sic]" me dit-elle en anglais. Jusque là, rien de vraiment bizarre. Il y a des choses qu'on connaît et d'autes qu'on ignore (sauf Robert Fisk qui lui sait et comprend tout sur tout). Ce que je trouve bizarre par contre, et j'y repense à chaque fois que je passe devant un T-Mobile, c'est la façon dont j'ai réagi à la bourde de la dame en rose. Je n'ai même pas été foutue de lui expliquer que Beyrouth n'est pas un pays, mais la capitale d'un pays qui s'appelle le Liban. Je l'ai laissée patauger dans son ignorance. Au début, je pensais ne pas avoir réagi parce que je n'étais pas très contente d'apprendre qu'il y en a qui ne connaissent pas le Liban, la dabké sous les cèdres, le mec qui a inventé l'alphabet, Baalbeck, le hoummous tout ça... Mais en fait non. Je pense qu'au fond de moi, je l'enviais un peu de ne pas connaître le Liban et depuis, je me demande sans cesse si on ne vit pas plus heureux quand on ignore l'existence de cette région du monde qui s'appelle le Moyen-Orient. Une région peuplée de paranos qui cherchent toujours à savoir à quel type de croyant ils ont affaire. Si j'écris ce billet, c'est parce que chuis trop vénère et que je n'arrive pas à digérer un truc qui m'arrive à chaque fois qu'on me présente à un Arabe au boulot.
En fait le premier jour, en arrivant au bureau, j'apprends qu'un collègue (arabe) a demandé à une autre collègue (arabe, libanaise), comme j'ai un prénom assez neutre, si j'étais musulmane ou chrétienne. Depuis, la nouvelle se colporte dans tout le département. Celles et ceux qui sont de ma religion m'invitent à des groupes de prière, "dis-donc, je savais pas, sinon je t'aurais invitée dès le premier jour !". Ils se permettent alors de me faire des confidences sur "les autres" collègues qui professent une "autre" foi. Ceux et celles qui ont découvert que je ne fais pas partie de leurs coreligionnaires cherchent par tous les moyens à me montrer à quel point ils sont ouverts, à quel point ils connaissent les autres cultures, à quel point la différence est une richesse et puis nous ne sommes pas si différents que ça vous savez "nous sommes tous des arabes", et "nous parlons la même langue", et j'en passe et des meilleures. Appelez ça comme vous voulez, mais je n'aime pas qu'on me parle de ma religion. Dès qu'un collègue m'en parle, je me sens agressée. Bien avant le débat sur les signes ostensibles et ostentatoires, ma mère m'empêchait d'exhiber des signes religieux à l'école ou dans la rue. Je n'ai jamais complètement brisé ce tabou, puisque je parle rarement de mes convictions métaphysiques. Ma foi ou non-foi ne sont pas un mystère, mais je considère que ce n'est censé intéresser personne. Dans le monde arabe, cette discrétion m'a toujours donné la lattitude de dire des choses que je suis incapable de dire lorsque je sais que l'autre voit à travers moi la connerie que mes correligionnaires ont pu faire au cours de leur prestigieuse histoire. Je veux bien être un autre, mais je ne veux pas que ma religion soit l'élément qui définit mon altérité à leurs yeux. Je veux que les arabes aient peur de moi pour d'autres raisons que mon appartenance religieuse. Je crois que tous les pays du monde peuvent changer, évoluer, relancer, réformer, partir et revenir avec de nouvelles idées. Mais pas les pays du Moyen-Orient, dont les peuples paranoiques et dépressifs promènent partout la bêtise immémoriale qui caractérise leur région depuis des siècles, qui ont peur des autres parce qu'ils imaginent toujours que l'autre va leur voler la terre de leurs aieux, parce que l'oriental moyen pense toujours à ses enfants comme s'ils étaient les seuls enfants qui ont le droit de vivre en paix, parce qu'il a de l'encens plein les narines et des versets plein les yeux et des cantiques plein les oreilles, et qu'il n'a pas envie de voir que dans moins d'un siècle il ne sera plus là, que la terre continuera de tourner sans lui, qu'il est incapable de changer quoi que ce soit, alors autant vivre en paix et laisser les autres vivre en paix.
En s'éloignant un peu du Liban, on découvre que le problème du Liban n'est pas libanais. Le confessionalisme n'est pas un mal libanais. Il suffit de placer les habitants du Moyen Orient dans un contexte multiculturel pour découvrir à quel point la religion conditionne leur façon d'aborder les autres. On voit clairement comment ceux qui appartiennent aux minorités opprimées du Moyen-Orient se sentent majoritaires maintenant qu'ils sont à New York, et s'adonnent ouvertement à toutes les activités religieuses qu'ils ne pouvaient pratiquer librement chez eux. Alors que ceux qui appartenaient à la majorité dans leur pays, se sentent frustrés parce qu'ils vivent dans une ville plus catholique qu'autre chose. Alors ils se prétendent athées, ou communistes, mais continuent de casser du chrétien et du juif, en défendant les mouvements islamistes... Pendant ce temps, New York Ville s'en fout royalement et continue de faire tourner la terre, avec ses majorités, ses minorités, ses chiens, ses chats et ses scoubidoubidous. Le Moyen-Orient est vraiment pathétique. Tel qu'il est aujourd'hui, il constitue un fardeau pour l'humanité et j'en veux particulièrement à mon pays que je trouve à la fois pathétique et hypocrite. Le Liban est hypocrite parce que la stupidité y est visible à l'oeil nu. Le Liban a touché du doigt les effets et contre-effets de la bêtise religieuse. C'est là où il est plus responsable que ses frères dans la stupidité. Il me semble que le Moyen Orient ne tardera pas à devenir une région inutile. Un jour, les Arabes sortiront de l'Histoire, les médias se lasseront de parler de ces petites guerres qui se suivent et se ressemblent, et le Moyen-Orient crèvera dans sa sottise. Pour en revenir à la dame en rose, je crois que je préfère les imbéciles heureux de New York aux imbéciles malheureux du Moyen-Orient.

2008/12/18

Blogging by the book

Je reviens (te chercher) rapidement pour répondre aux questions livresques de Maqopine:

1. Le dernier livre que vous ayez acheté et terminé.

Moi et lui, Alberto Moravia

2. Quel est le livre que vous êtes en train de lire ? Qu'en pensez-vous pour l'instant ? Quelle est la phrase qui se trouve à la ligne TREIZE de la page QUARANTE-DEUX (parce que c'est important, 42) ?
Je suis en train de lire The Osterman Weekend de Robert Ludlum et 2ème classe à Dien Bien Phu d'Erwan Bergot. Le premier est un thriller léger, pas mal dans son genre. Le second, à la fois instructif et intéressant, aborde l'un de mes thèmes préférés, celui du héros déchu.
The Osterman Weekend, Robert Ludlum (p.42, l.13): "I was fortunate. I assume you're referring to my work on the San Diego waterfront operations." (n'importe quoi)
2ème classe à Dien Bien Phu, Erwan Bergot (p.42, l.13): "Ça se voit pas? riposte Geo, montrant sa casquette. On est du 4ème." (encore n'importe quoi)

3. Choisissez l'un de vos livres favoris, quel est-il ? Pourquoi fait-il partie de vos favoris ? Quelle est la dernière phrase qui se trouve à la page 65 ?
Pas facile de répondre. Mon livre préféré de tous les temps reste Antigone d'Anouilh. Mais parmi mes livres favoris il y a aussi L'ennui de Moravia que j'ai lu il y a quelques mois. J'aime Moravia. A la fin du livre, Dino, le personnage principal du roman, apprend, en contemplant un cèdre du Liban (non, ce n'est pas pour cela que je cite le livre), à "aimer, aimer sans plus". Comme je ne suis pas une spoileuse, je n'en dis pas davantage.
Page 65: "Ce mécanisme [le désespoir] ne m'était pas inconnu, j'en avais toujours soupçonné l'existence ; mais jamais comme maintenant je ne l'avais vu avec tant de clarté, un peu comme on peut voir, dans les vitrines des compagnies aériennes, la coupe d'un moteur d'avion, avec tous ses rouages nombreux et compliqués."

4. Quel est le dernier livre que vous avez lu et pas vraiment aimé ? Pourquoi ?
Pause-café, Georges Coulonges. Je ne sais pas pourquoi.

5. Quelles sont les 5 bloggeurs à qui vous passez le relais et pourquoi ?
Je passe le relais à celles et ceux qui veulent bien le prendre.

2008/02/10

Programme une Libanaise / une robe

Chères Hezbolles,

Regardez ce défilé mes soeurs. Une fois, deux fois, trois fois s'il le faut. Regardez bien la magnifique robe bleue à boutons noirs Burberry. Ne vaut-elle pas toutes les vicdivs du monde ? Lorsque vos mecs iront au front, pour qui porterez-vous, sous votre mystérieuse tenue noire, les jolies robes Burberry ? Je conjure la greluche qui est en vous d'arrêter cette guerre ! Saisissons les zelzals, les Kat' et tous les autres engins inutiles et désagréables, vendons-les aux Inuits et investissons ce pognon dans les divines robes Burberry... Offrons une robe à chaque Libanaise du Liban et d'Outre-Mer, car elles le valent bien (sans oublier, bien entendu, tous les Libanais qui aiment se maquiller et porter des bijoux).

Hezbooooooooooolles, je vous aiiiiiiiime !!!

Bee


2007/12/19

Wish post


Joli calligramme, trouvé ici.

Ami lecteur, qu'as-tu envie de trouver au pied de ton sapin ou dans tes chaussons le 25 décembre 2007 ?

2007/12/01

A Genève...

J'ai marché au bord du lac. J'ai vu le jet d'eau. J'ai fait du magazinage (shopping en québécois). Je me suis réchauffé les veines et le coeur avec du bon vin. J'ai dû entendre l'histoire de la marmite une dizaine de fois. Et puis, bien sûr, j'ai tout mangé le chocolat. En partant, j'ai pris soin de remplir mes bagages de boîtes, de tablettes, de vaches à grelot et de marmites pour les offrir aux friends & family quand je serai enfin au Liban. Histoire de dire à ces friends & family que j'ai bien pensé à eux en Suisse. Je n'ai jamais vu autant de chocolat non consommé dans mon placard et cela fait deux jours que j'entends une voix qui me dit que tout doit disparaître. Je viens de craquer. La voix vient de me dire qu'une jolie vache suisse prendra le vol Doha Beyrouth la veille de Noel.
Sinon, deux gentilles personnes m'ont invitée à voir un spectacle (ou pestacle) de danse contemporaine au théâtre de Carouge. La chorégraphie s'intitule Steak House de Gilles Jobin. Je vous invite à lire les commentaires et à regarder les photos sur le site. L'espace que les danseurs occupent sur scène m'a fait penser à notre appartement à Doha, à tous ces microcosmes, à ces pièces "communes" que nous consommons de la plus banale des manières. J'aime bien l'ambiance techno qui se dégage de la chorégraphie de Jobin, et qui renforce ce sentiment de promiscuité entre des personnes qui ne font que consommer leur espace de "vie".
Cela dit, il y a un truc qui continue à me gêner dans l'art contemporain ou moderne : à chaque fois que je crois en avoir saisi le message, quelque chose vient démentir mon raisonnement, et du coup j'ai l'impression, parano comme je suis, que l'auteur prend son public pour une bande de nazes, incapables de tirer la substantifique moelle de ce qu'il essaie de leur montrer.

2007/11/21

Liban Bilan

64 ans d'indépendance plus tard

Inventaire

1 drapeau
1 hymne national
1 monnaie
1 capitale
10452 km2
4 000 000 de peuples
+ ou - 4 armées
1/4 président de la république
1/2 gouvernement
-1 parlement
500 danseurs de dabké
50 tonnes de hoummous
100000 barils d'arak
10 boutiques Benett*n
18 religions
180000 hommes de religion
Zéro nation

2007/11/10

Aphorisme dadaïste

Quand je déprime dans le pays où tout est marron :

Attitude 1 : Je fais ma Phèdre, je tirade silencieusement pendant des heures; je demande aux dieux pourquoi ils me persécutent comme ça, j'écoute le soleil noir en boucle, je maudis l'unité de temps et de lieu, je chicane, je gamberge, etc.

et/ou
Attitude 2 : Je bois ça le matin :et j'ingurgite ça le soir -quand cela est possible- :




et, pendant la journée, je regarde Juju, l'homme à la barrette (ze chouchou) qui m'aide à récupérer l'aphorisme dadaïste de mon doux phénomène :



Mais contrairement à ce qu'on peut croire, un chouchou n'en chasse pas un autre. Damien Rice, qui n'a pas de barrette, mais qui a un très charmant accent irlandais, fait également partie de ma cure :




Nooooooon je n'ai pas oubliéééé... que j'ai promis de parler de ma rencontre avec un un blogueur aussi sympathique, intéressant, vrai et intelligent que son blog. Il s'agit d'Oberon Brown, qui aime le cinéma, le Liban, Hugo Pratt et plein d'autres choses encore. Nous avons beaucoup bavardé. Mais je crois qu'il y a un truc qui manquait à notre conversation : je promets que la prochaine fois, je ne pars pas avant d'avoir traité en profondeur le thème chiffons & coiffure.

2007/10/28

"Nous ne sommes pas racistes pour deux sous, mais on ne veut pas de ça chez nous"

Il y a quelques jours, j'ai commencé à écrire ce billet sur le reportage de Torrès sur l'esclavage au Liban. Pour des raisons de surbookage et de tête de mulage, j'ai arrêté la rédaction. Ce soir, j'ai envie de le publier tel qu'il est, c'est-à-dire sans trop de suite dans les idées. Comme d'habitude, je compte sur vous pour le compléter et pour me signaler mes dérapages. Contrairement à beaucoup, je crois à la provocation comme outil médiatique qui administre un choc électrique aux sociétés souvent inconscientes du mal qui les ronge. Malheureusement, les sociétés arabes se complaisent dans la pourriture, c'est un fait que personne ne peut plus nier. Au Liban, on peut encore appeler la pourriture "pourriture", mais vu que cette liberté de ton fait de nous des femmes et des hommes avertis, il est possible de dire que nous sommes deux fois plus pourris que les autres. Je me trouve actuellement dans un Etat du golfe. Les travailleurs asiatiques, qu'on entasse par centaines dans des sortes d'habitations insalubres et nauséabondes, peuvent mourir déshydratés au soleil parce que les thermomètres sont manipulés dans les chantiers de construction. Qui s'en soucie ? Aucun étranger n'a le droit de quitter le pays sans permis de sortie. Si vous êtes porteurs d'HIV, à Allah ne plaise, vous devez quitter le pays immédiatement. Le gouvernement ne veut d'aucun séropositif sur son territoire national. Les Américains. Ou plutôt certains Américains. Ils peuvent rentrer dans un platane, ou un palmier, ou même percuter un autre véhicule, celui d'un Libanais en l'occurence, et refuser de descendre de voiture, tout simplement, parce qu'ils sont Américains et que vous êtes Libanais. Une collègue américaine racontait à son concitoyen qu'on l'a fouillée à l'entrée d'un bâtiment public. Il lui répond que c'est la meilleure et que comme elle est Américaine, il ne voit pas pourquoi elle devait se livrer à une fouille au corps, comme tout le monde. Les Ambassades. Je présente mes papiers à l'Ambassade d'un pays européen, dont la capitale figure dans le titre de plus d'une convention relative aux droits de l'Homme. Dans le formulaire, une case spéciale est réservée à ce qu'on désigne par les "servants". Ces derniers n'apposent pas leur signature sur le document, mais se contentent de laisser deux empreintes digitales pour dire qu'ils ont bien lu le document rose réservé aux "servants" qui accompagent leurs maîtres en voyage. Ce n'est pas tout ce que j'ai à dire sur le sujet, mais je m'arrête là. Parce que ça n'a aucun rapport avec le reportage de Torrès. Si la journaliste française a choisi de faire dans la facilité, si elle n'a pas eu le courage d'aborder l'esclavagisme et le racisme dans le contexte d'une dictature, c'est son problème, et non pas le mien. Je me fous pas mal de ce que Torrès aurait pu ou aurait dû faire. C'est le Liban qui m'intéresse. Torrès a fait son devoir de journaliste. Saurons-nous remplir nos devoirs de citoyens ? Les Libanais, à commencer par moi, n'ont pas fait grand chose pour défendre les droits fondamentaux de ceux qu'on appelle employés de maison. Calli l'a dit, comment peut-on se révolter contre un reportage et fermer les yeux sur la réalité à laquelle ce reportage fait allusion ? Je n'ai pas peur pour l'image du Liban. Je n'ai pas peur pour les Libanais. J'ai peur pour le Liban. J'ai peur de ce qu'il risque de devenir si ça continue. Je n'oublierai jamais la tête de notre voisine lorsqu'elle a appris qu'à l'école de mon frère, la prof de maths est philippine. Il y a quelques années, j'entends une dame dire à une autre en descendant du bus, regarde ces Srilankaises comment elles squattent chacune un banc, elles devraient se mettre sur le même banc, parce que ce n'est pas possible que les Libanais s'asseoient à côté des Srilankaises ! Au Centre-Ville, un Togolais venu participer à une conférence dans notre chère capitale entre dans une bijouterie et choisit un collier pour sa femme. La vendeuse fait les yeux ronds, et lui dit : "Vous êtes sûrs que vous avez de quoi vous payer un bijou pareil ?" Ce genre de mentalité existe encore et quand je pense que je partage le même espace géographique avec des imbéciles de la trempe de cette vendeuse, j'ai mal au ventre. Certains Libanais me diront que le racisme existe dans toutes les sociétés. Certes, mais c'est du Liban que je vous parle !! La liberté et la dignité de l'être humain sur notre territoire national sont inséparables de notre liberté et de notre dignité à tous. Chaque femme ou homme maltraité, blessé dans sa dignité, privé de sa liberté est une preuve que nous sommes une société hypocrite, qui cherche à mobiliser la terre entière pour revendiquer sa liberté, mais qui n'est pas prête à bouger le petit doigt dès lors qu'il s'agit de la dignité des autres. Je ne sais pas ce qu'il faut faire pour que ça change, je crois que la mobilisation ne réussira que si tout le monde y participe, le gouvernement libanais, la société civile et les victimes elles-même.
Un dernier point, que j'ajoute ce soir. S'il est vrai que dans un premier temps, il faut mettre tout le monde dans le même sac, pour inciter tout le monde à réagir et à assumer sa part de responsabilité, les réactions épidermiques et les généralisations perdent de leur efficacité quand elles durent trop longtemps. Les Libanais, comme les Philippins et les Ethiopiens, ne se ressemblent pas. Ce n'est pas à chaque fois que je croise un cambodgien que je lui demande des nouvelles de Pol Pot*. "Les Libanais", ça n'existe pas. Malheureusement.
Je vous donne rendez-vous dans quelques jours. Je vais vous parler de mon nouveau chouchou. Et de ma rencontre avec un certain Monsieur de la blogosphère.

* Je sais qu'il est mort.

2007/10/07

Sans blague

Chers Aounistes,
Votre leader est un garçon qui a complètement perdu sa cédille. Ce n’est plus un secret pour personne. Seulement aujourd’hui, je suis plus sûre que jamais qu’Orangénéral souffre d’une décédillisation cérébrale aigüe. Que dire d’autre d'un ancien général de l'armée libanaise qui lève sa propre milice ? Mes chers compatriotes du CPL, cette vérité est d’autant plus aberrante que certains d'entre vous ont accepté d’être les miliciens de cette milice. Des miliciens, vous vous en rendez compte ? Vous voulez guerroyer maintenant ? Vous vous battez contre qui ? Au nom de quoi ? Vous avez mené le plus noble, le plus civilisé, le plus démocratique des combats contre l'occupation syrienne; vos alliés d'aujourd'hui vous ont tabassés et humiliés sans aucun scrupule, devant l'indifférence de la communauté internationale et l'impuissance d'une opposition nationale quasi-inexistante, qui peinait à se faire entendre. A chaque fois que vous descendiez dans la rue, des journalistes venaient du monde entier couvrir encore une manifestation anti-syrienne à Beyrouth, encore un malheur qui se produit dans la capitale qui souffre comme elle respire.... Vous n'avez jamais fait la une des journaux, vous faisiez partie de l'actualité quotidienne, au même titre que le premier mammifère cloné, que la nouvelle sonde de la mission Mars ou que le remaniement ministériel au Paraguay. En vous regardant brandir vos drapeaux rouges, blancs et verts, les gens zappaient, certains ne savaient pas s'il s'agissait du Liban, de la Lybie, ou du Libéria, d'autres, qui arrivaient à localiser vos 10452 km2 sur la mappemonde se disaient, ha je les reconnais bien là, quels cas désespérés ces Libanais ! C'était peut-être un détail pour eux, mais pour vous ça voulait dire beaucoup. Ça voulait tout dire. Vous l'avez mené, ce combat, sans relâche. Vous l'avez mené, sur les campus, dans les rues, dans vos têtes. On vous a torturés en silence dans les micro-cellules froides et grises du Baas, les SR débarquaient chez vous la nuit, menaçaient vos familles, parce que vous portiez atteinte à ces relations privilégiées que le Liban était censé entretenir avec sa Big Sister, parce que vous ne respectiez pas "la concomitance des volets", parce que vous n'aviez pas envie de croire que nous sommes un seul peuple dans deux pays, que nous sommes leur espace vital, la province qu'ils ont perdue par un tracé de frontières colonialiste et artificiel, parce que le lapin du Golan ne vous faisait pas peur, parce que le Liban était pour vous le Liban, parce que vous étiez Libanais comme un cèdre est un cèdre. Vous communiquiez rarement avec votre leader (qui n'avait rien d'une orange à l'époque). Il vous parlait en cachette, par téléconférence dans les universités, il fallait obtenir l'autorisation des SR pour qu'il passe à la télé, chacune des interviews qu'il donnait était perçue ici comme un événement, comme une bouffée d'air libre ; une lueur d’espoir qui vous aidait à croire, qui nous aidait à croire, naïfs que nous étions, que ce rêve deviendra un jour réalité, que nous ne sommes pas seuls, que ce Liban libre, souverain et indépendant que vous avez revendiqué de tout votre cœur, de tout votre sang, de tous vos poumons, était encore possible. Qu'est-ce qu'il fallait du courage, à l'époque, pour être une opposition ! Et vous l’avez eu ce courage. Vous n'avez jamais lésiné sur les moyens. Vous gueuliez votre révolte, debout, devant les chars des soldats du Baas, devant leurs sales barrages, parce que personne ne la gueulait pour vous au Parlement, votre leader défendait le Liban à l’ONU, devant le Congrès Américain, et rien ne vous faisait peur ; on est libre ou on ne l’est pas. Mais malgré toute la souffrance, l’oppression, l’injustice, vous n'êtes jamais passés à la lutte armée, non pas par lâcheté, mais parce que vous ne vouliez plus jamais ça. Le chemin de la liberté de passerait plus jamais par le feu et l'acier. Vous saviez que notre génération a payé le prix du pacte que nos aînés ont fait avec la poudre et la haine.
En 2005, ils sont partis. Votre leader est rentré de son confortable exil. Il mène son activité politique comme il l’entend. Tous les soirs, il nous gratifie d’une ou deux perles, qu’il puise dans son vaste répertoire de bijoux. Il nous sert des salades de tous genres, les unes plus indigestes que les autres. Il insulte les vivants, souille la mémoire des morts, il diffame, déblatère à n’en plus finir devant des photos truquées par ses alliés, il nous ment, prend nos QI pour du poulet, et avec tout ça, à ma connaissance, personne n’a jamais essayé de l’empêcher de parler. Aujourd’hui, vous êtes représentés au parlement. Vous êtes une opposition légitime. Personne ne remet en question votre droit à l’opposition. Vous vous êtes battus pacifiquement pendant des années contre nos vrais ennemis, pour venir jouer les guérilleros contre un gouvernement libanais à 100%, contre un pouvoir qui représente, n'en déplaise à vos leaders oranges, une majorité élue par le peuple en 2005 ? Je ne vous comprends plus. Je regarde vos visages, sur la photo, et je vois dans vos regards un truc qui ressemble à ceux que j’aime, un truc qui me ressemble, et ça me fait peur. Je n’ai jamais eu peur en regardant les défilés des miliciens de Dieu. Jusqu’à nouvel ordre, nous n’avons rien en commun. Mais en vous voyant agenouillés derrière vos armes, j’ai eu froid dans le dos. Contre qui braquiez-vous ces pistolets ? Oserez-vous à l’avenir traiter les partisans des Forces Libanaises de Ze’ran el Ouwét (les gangsters FL) ? Oserez-vous revendiquer cet épisode de la guerre civile, lorsque votre Orangénéral a lancé un assaut contre les milices armées, au nom de la légitimité de l’Etat Libanais, qui devrait disposer du monopole de la violence ? Aurez-vous le culot de regarder dans les yeux nos jeunes soldats dont vous avez hypocritement honoré la mémoire il y a quelques mois au Nord, alors que vous vous entraîniez au combat dans je ne sais quelle forêt perdue de notre beau pays ? Pour vous défendre, l’un de vos députés nous raconte que vous étiez en train de vous amuser. La prochaine fois que vous voulez jouer, essayez PS2, ou le poker, profitez du temps qui vous reste, avant que ce jeu ne devienne haram ! Rendez ces joujoux au monsieur barbu, qui vous a bien eus, en se faisant passer pour le Père Noel. Rendez ces joujoux à ses petits lutins jaunes, qu’ils puissent saluer son discours avec des tirs de joie, en attendant de libérer Jérusalem ?! Si seulement vous pouviez leur demander, gentiment, puisque vous faites amis amis avec eux, de commencer par libérer le Centre-Ville… et dites-leur en passant que Jérusalem, ce n’est pas pour nous.

2007/09/15

Encore un coup de gueule

Parmi les amis, il y a ceux qui sont toujours là, qui n'hésitent pas à se transformer en mazos pour subir avec plaisir cette machine à brasser l'air qu'est votre tête parfois, qui écoutent attentivement vos raisonnements par l'absurde, ceux qui devinent vos angoisses rien qu'en regardant votre coiffure, il y a les amis drôles qui savent balayer des tonnes de nuages avec une blague pourrie, il y a les amis qui se mettent un peu trop à votre place, à ta place je ferais ci, à ta place je ferais ça, il y a ceux qui trouvent toujours le moyen, je ne sais par quel stratagème, de changer le cours d'une conversation, de manière à ce qu'elle converge toujours vers leur sympathique personnne, et vous vous retrouvez, d'un seul coup d'un seul, en train de discuter leurs aventures, lorsqu'en 1996, à l'aéroport international du Zanzibarre, un mec rasta a flashé sur leur valise, etc. Et puis il y a ceux qui, quand vous allez mal, ne touvent pas mieux à faire que de vous offrir le conseil judicieux d'aller consulter, qui vous psychanalysent en deux minutes dès que vous exprimez un malaise, qui profitent de vos faiblesses et de vos conneries pour vous donner le coup de pied de l'âne. Mais une fois passée vot' minute de rage, vous comprenez que les moments difficiles servent aussi à ça. À séparer le bon grain de l'ivraie. Être ivraie n'est ni mauvais ni méchant. Parfois, les autres ont déjà assez d'angoisses pour subir votre attitude crispée. Parfois, ils n'ont tout simplement pas envie de faire le sac de boxe, et c'est leur droit le plus strict. Seulement vous découvrez que vous aviez tort de les compter parmi vos amis, ils sont des connaissances, ni plus ni moins. Je viens de faire le bilan de ces 44 jours de désert, et je me suis rendue compte que je manque terriblement d'amitié ici. C'est pour cela que ce matin, j'ai décidé de me confier à mon blog, comme font les ados boutonneu zé vénères. Alors mes potes du blog, je compte sur vous pour me dire que vous me comprenez, que j'ai complètement raison, moi qui ne me trompe presque jamais, que le problème ne vient pas de moi, mais des autres, parce que moi, je suis aussi parfaite et infaillible qu'un Pontife, etc. Voilà. Alors mon grand problème dans la vie, c'est que très souvent, je me prends pour une princesse, et que je m'attends à ce qu'il m'arrive des trucs hallucinants au moins deux ou trois fois par semaine, que je sois. Seulement ici, je ne suis personne. Ni princesse ni Valérie Pécresse (jolie la rime !). Tous les matins, je cherche des trucs à vivre, et je ne trouve rien à vivre. Depuis que je suis dans ce désert en béton, on me raconte que je dois grandir. Apprendre à me battre. Me prendre en charge. M'attendre au pire. Arrêter de râler quand il y en a qui font des conneries. Cesser de me révolter en regardant des troupeaux entiers vivre dans la bêtise la plus totale. Me déniaiser quoi. Parce que les conneries sont de ce monde... comme si je ne le savais pas ?! Et puis il y a ce terrible manque d'affection. Mais où sont les bisous, les fou-rires, les sourires nazes, les blagues nulles, la chaleur de la folie, les mots d'amour ou d'amitié cons yet sincères, je ne sais pas moi, où est la vie ? Je vais dire un truc horrible, mais au Liban, en pleine guerre de juillet, je me marrais mille fois plus que dans cet affreux désert. Brel l'a compris, il faut du talent pour être vieux sans être adulte. Il me semble parfois que ceux qui m'entourent ont beaucoup de mal à le cultiver, ce talent. Ou alors je suis arrivée ici au mauvais moment. Tout cela est peut-être une illusion optique. Chui ptêt naz de la têt, kom on di sur msn. Je sais que je suis pleine de défauts. Que j'ai l'art d'être chiante. Que je fais la tronche deux fois par semaine minimum. Mais je n'ai pas très envie de changer. De durcir. De grandir à une vitesse grand V. De me contenter pendant le weekend, d'un canapé, d'un nescafé, de quelques conversations froides, d'un DVD, d'un TV show ou d'un shopping expéditif. C'est autre chose que je veux. Je sais, au fond de moi, que ça aurait pu être bien pire, mais franchement, ça ne va pas trop fort... Je le disais à Monsieur Brown dans un commentaire, je ne suis pas venue ici seulement pour le pognon. Mais aussi parce que dernièrement, je travaillais comme une malade au Liban. Parce que je vivais avec mes parents, et j'avais envie de m'en aller, pour voir ce que ça donne. Parce que j'ai une meilleure amie ici (que le désert a un peu transformée, mais c'est pas grave). Parce que c'est proche du pays. Et parce que j'ai adoré le boulot qu'on m'a proposé. Mais je sens que le prix à payer devient lourd. Il est peut-être un peu trop tôt pour décider de rentrer au Liban, même si depuis mon arrivée ici, je ne reçois que des offres de travail, au Liban ou ailleurs... mais bon bref, changeons de sujet. Je suis quand même triste que Jacques Martin ne soit plus. Dominici m'a un peu déçue mais c'est bien fait pour les Anglais. Ça leur apprendra à être l'hosto, et à se moquer de la charité. Pour le moment, je suis pour Nassib Lahoud président de la république. J'ai vu John Malkovich hier sur TV5, (c'est la seule chaîne francophone qu'on capte ici), il parle bien le français. Christina Reali est CANON. Shinzo Abe n'aurais pas dû démissionner.

2007/09/09

C'est pas forcément la misère...

2007/09/03

Besoin de rien, envie de TOAAAAAA

C'est la première fois que ça m'arrive. J'ai flaché sur ce magnifique lave-linge. Et je commence à kiffer Mika, mais on laisse ça pour un autre billet.

2007/08/16

Slacher fait son cinéma

Pour des raisons techniques, j'ai dû supprimer le post de Slacher. J'ai reçu plusieurs messages qui déplorent cet acte barbare et inhumain.
Voici donc le billet de Slach' sur Paris Cinéma. A propos de cinéma, je vous disais également (dans le billet supprimé) que j'ai vu The Simpson's movie la semaine dernière, et que ce n'est pas mal du tout. Voilà, je donne la parole à Slacher, en le remerciant d'avoir bien voulu contribuer à ce blog.

"Les falafels sont faits d'un mélange de fèves, de pois chiches, de coriandre et de quelques épices. C'est une pâte très légère, plus légère que l'huile chaude, si bien que quand on les fait frire, ils doivent tous flotter à la surface. Mais il arrive, une fois tous les 5 ou 6 mois qu'un falafel refuse de flotter, défiant les lois de Newton et Archimède. Au fond de l'huile, il chauffe alors lentement de l'intérieur vers l'extérieur. Un fois cuit, il bondit vers la surface et il faut l'attraper au vol, hop !"

Cette tirade, que je récite de mémoire, est la légende que raconte un vendeur de falafels à Toufic, le héros du film "Falafel" de Michel Kammoun. C'est un des nombreux films, courts-métrages et documentaires libanais qui étaient présentés dans le cadre du festival Paris Cinéma qui a eu lieu au mois de juillet. Cette année, les organisateurs avaient choisi de mettre le Liban à l'honneur, j'en ai donc profité pour me faire une orgie de falafels cinéma libanais et ainsi assouvir ma curiosité.

C'était très rafraichissant de voir des films libanais qui ne sont pas centrés sur la guerre, même si elle n'est jamais bien loin. J'ai trouvé Beyrouth assez photogénique quand elle filmée par des autochtones qui ne cèdent pas aux traditionnels clichés.

La jeunesse libanaise est au centre de "falafels" et de "A perfect day" dans lesquels les héros errent dans la ville, en scooter dans le premier, dans une VW (ou Audi) flambant neuve dans le second (on se rend compte dans le générique de fin que le film est sponsorisé par la marque.) Ils sont incontestablement à la recherche de quelque chose : une identité dans un pays encore sclérosé par les pressions sociales et familiales, un avenir là où il n'existe qu'en dehors des frontières, un zaatar w zeit ? :o)

J'ai également eu la chance d'assister à l'avant-première de "
Caramel" (titre original "Sikar Banet"), un film de et avec Nadine Labaki. Le titre du film vient de la substance poisseuse utilisée par les femmes libanaises pour s'épiler (ouch !). En effet l'histoire met en scène les employées et clientes d'un salon de coiffure et d'esthétique qui galèrent plus ou moins dans leurs histoires amoureuses. C'est un film sur les femmes libanaises, très drôle quand il décrit leurs excès et touchant quand il dénonce certains archaïsmes dont elles sont victimes. Les actrices sont très attachantes, elles étaient présentes dans la salle et ont été très chaudement applaudies à la fin de la projection. Ce film devrait sortir en bientôt en France et au Liban, je vous recommande d'aller le voir.

Les courts-métrages proposaient des oeuvres beaucoup plus expérimentales, il y avait donc forcément du bon et du moins bon. Je retiendrais Empreintes(1) de Nadim Asfar, un diaporama de sa vie intime qui défile sur une musique envoutante. Nadim Asfar est un photographe dont on peut voir les oeuvres sur le site www.nadimasfar.com. J'ai beaucoup ri devant Rawane's Song dans lequel la réalistatrice nous fait entrevoir les difficultés de trouver un sujet pour un court-métrage avec beaucoup d'auto-dérision.

J'ai été assez impressioné par les films d'animation qui utilisent beaucoup la corde de l'humour et avec réussite. J'ai aimé autant le soin apporté aux musiques et aux bruitages qu'à l'animation elle-même. Vous allez certainment me trouver idiot, mais j'étais très surpris de constater qu'il existait des dessins animés libanais. Dans un pays à la situation politique et sociale aussi chaotique, j'avais du mal à imaginer que des gens puissent faire des choses aussi futiles que du cinéma et encore moins des films d'animation. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je suis très admiratif devant tous ces artistes. Quand on connaît la complexité que représente une oeuvre cinématographique, il n'y a qu'à regarder la longueur des crédits de fin, même pour un court-métrage, c'est un exploit de parvenir à en réaliser une dans un pays où c'est loin d'être la priorité.

Les documentaires que j'ai vus mériteraient chacun un post à lui-seul. C'était d'abord La petite histoire des Juifs du Liban réalisé par Yves Turquier et commandité par l'association B400 qui regroupe des Juifs Libanais du monde entier. Le film est composé d'interviews de familles juives libanaises exilées à travers le monde entrecoupées de rappels historiques. Leur histoire est très émouvante et très proche de celle de milliers d'autres libanais non-juifs qui ont connu l'exil, à la différence que ceux-ci n'ont jamais remis les pieds dans leur pays d'origine et la deuxième génération ne connaît le Liban qu'à travers le récit des aînés. J'ai tellement aimé ce film, les témoignages de ces quinquagénères et sexagénères étaient si proches des récits que m'ont toujours faits mes parents sur la vie au Liban avant la guerre, que je les ai emmenés le voir lors de sa deuxième diffusion. Ils ont un peu pleuré, ils ont surtout beaucoup ri. Ce fut pour eux un magnifique moment de nostalgie. J'ai été notamment très surpris d'apprendre que les Juifs n'ont pour la plupart pas été chassés du Liban. Il y a eu une première vague de départs après la guerre de 67 quand les populations musulmanes, surtout palestiniennes, ont commencé à proclamer des slogans hostiles aux juifs, faisant l'amalgame avec les Israéliens. Les derniers sont partis durant la guerre de 75, car la situation était tout simplement dangereuse pour tous les Libanais, peut-être même un peu moins pour les juifs, qui n'étaient pas concernés par le conflit.

Les trois autres documentaires que j'ai vus, tous réalisés par Wael Nouredine, montraient un aspect très différent du Liban. Le documentaire précédent décrivait la vie au Liban comme un paradis perdu, Wael Nourredine nous ramène cruellement à la réalité actuelle et ne nous épargne rien. Les images sont violentes, le montage haletant, les cadrages ne censurent rien. Les démarches administratives interminables pour obtenir un visa pour... n'importe où, la drogue qui aide à supporter la situation, les victimes de la guerre de juillet. Pour Nourredine les seuls façons de supporter la situation actuelle du Liban c'est la drogue, l'exil où le suicide. Plutôt radical. Je dois dire que je n'adhère pas trop à son propos quand il flirte avec l'anarchisme. Je me souviens d'une séquence assez longue où l'on voit l'armée prendre position autour du trajet d'une manifestation dont on n'aperçoit que les drapeaux verts, le tout sur une musique menaçante. L'armée comme la force opprimante ? Il me semble que les religions, la famille et les pressions sociales sont bien plus oppressantes au Liban. Je dirais même que s'il y a bien une chose innofensive, c'est l'Etat. Je suis quand même reconnaissant à Wael Nouredine de m'avoir ouvert les yeux sur une face du Liban bien souvent cachée derrière le masque de la "Suisse du Moyen-Orient."

Je me rends compte que j'ai été un peu long. Je pourrais en fait développer un peu plus mais je ne voudrais pas monopoliser le blog de Bee. Merci de m'avoir lu jusqu'au bout et surtout, merci à Bee de m'avoir ouvert son blog.

Je vous souhaite d'être le falafel fuyant..."

2007/07/31

Beyrouth-Doha-Beyrouth-Doha (?)

Ce blog m'a manqué. Je suis rentrée à Beyrouth, après un voyage d'une dizaine de jours au Qatar. Je ne sais pas encore si je vais y retourner, mais je peux dire très franchement que je n'étais pas malheureuse à Doha. Je suis arrivée dans cette ville, et j'ai trouvé un pays, mille fois moins beau, moins libre et moins démocratique que le Liban, mais un pays qui vit en paix. Pas de Nasrallahs géants qui jalonnent la route vers l'aéroport, pas de batailles électorales qui puent le communautarisme, pas de chauffards qui échappent au radar, bref, tout le monde travaille, tranquillement, les gratte-ciel poussent, les malls pullulent et les gens vivent plutôt bien. En rentrant chez moi, je retrouve les mêmes conneries, les mêmes joutes verbales impoliticiennes, la même bêtise et je me demande pourquoi ces Libanais qui sont si fiers d'avoir contribué à la prospérité des pays du golfe, sont incapables de respecter une signalisation routière (quand elle existe), de réfléchir deux secondes avec leurs neurones, de construire quelque chose sans le détruire deux jours après, pour le recontruire le cinquième jour et le redétruire pendant le weekend. Amine Gemayel veut islamiser le pays, nous raconte Aoun tous les soirs. Il nous rabat les oreilles avec son éternelle et sempiternelle rengaine : "les Chrétiens sont en danger, nous les sauverons". Mais bien sûr qu'il les sauvera, en s'alliant au Parti Nationaliste Syrien, au Baas et aux Hezbols. Les pics de testostérone n'ont jamais atteint des taux aussi élevés, les jeunes s'entretuent, les convois se multiplient, qui klaxonne plus, qui insulte mieux, qui brandit le portrait le plus grand... Dimanche dernier, je suis restée coincée une demi-heure dans un embouteillage géant, avant que les manifestants oranges n'aient l'obligeance de dégager le passage... Chez une amie, hier, j'étais assise sur une terrasse qui donne sur la cour d'une école et j'ai vu des gamins en colonie de vacances se bagarrer parce qu'ils n'étaient pas d'accord sur le nom du futur président de la république. Les enfants gueulaient : "Les Aounistes sont toujours les plus forts", "Y a-t-il un Aouniste ici ?", "Geagea est un couillon, il se cache dans les Cèdres"... Toumeutch.
Je ne sais pas si je voterai Amine Gemayel; en tout cas je ne voterai pas le candidat CPL. Parce que Aoun est un grand hypocrite. Qui dénonce les dynasties politiques, et qui, étant donné la féminité de sa progéniture, nomme ses gendres et ses neveux aux postes-clefs du parti (même que son gendre était candidat aux legislatives), pire encore, il s'allie aux plus grandes dynasties politiques Libanaises, les Frangieh, les Murrs, les Khazens, etc. Parce que Aoun fait ami ami avec une milice armée qui prêche la théocracie, avec un parti qui croit que le Liban est une province syrienne, parce que Aoun était l'unique porteur d'un projet laique pour le Liban, et depuis son retour de Paris, il fait tout pour le saboter, puisqu'un projet laique n'est pas politiquement payant dans les circonstances actuelles. Parce que Aoun, "le laic" s'adresse aujourd'hui au cerveau reptilien maronite de base, parce qu'il va puiser son succès élecoral dans la paranoia des chrétiens libanais, alors qu'Amine Gemayel, "le phalangiste", tient un discours modéré, ouvert, même s'il sait très bien que sortir du bazar confessionel libanais traditionnel risque de lui coûter le siège dans l'hémicycle.
Dessin d'Armand Homsi, paru ce matin dans le quotidien Annahar.

2007/07/14

Goodbye children!

Au Liban, l'été est synonyme de plage, de soldiernapping, de glace et de soleil. Mais l'été, honorable assemblée, est également la saison de la pêche. Tous les moyens sont bons pour trucider les gentils petits poissons heureux comme eux-mêmes dans l'eau.
Comme j'ai la mauvaise habitude de fouiner dans mon sitemeter, j'ai appris la semaine dernière qu'un lecteur est arrivé sur mon blog en gougueulant les mots suivants :

Cher lecteur poissicideur, j'ai gardé ton adresse IP, si tu oses remettre les pieds ici (éventuellement pour apprendre à massacrer les oiseaux à l'hameçon), je te ferai ta fête. Franchement, il ne manquait plus que ça ! Une milice pour massacrer les poissons...

Sinon, chers amis, je serai absente dans les jours qui viennent. Je n'ai pas la patate en ce moment. Alors envoyez-moi des ondes positives, j'en ai vraiment besoin. A très bientôt sur nos mégaoctets !

2007/07/01

Post perso : Petit frangin, je suis fière de toi, malgré tout

A mon frère qui passe ses journées à jouer sur PS2 et ses nuits à faire la fête jusqu'à pas d'heure, qui me fait des mauvaises blagues, qui m'a foutu la trouille plusieurs fois cette année, qui m'expliquait la semaine dernière pourquoi il est contre le système des mentions qui représente une atteinte à la vie privée des jeunes qui n'ont peut-être pas envie d'exhiber leurs résultats devant leur famille, mais qui a quand même fini par décrocher un diplôme d'ingénieur with disctinction, j'offre la danse de Yuna, l'un des personnages de Final Fantasy, le jeu qui le rend extrêmement dingue et insuportable.



PS1 : Je suis sûre qu'il va trouver le moyen de me raconter comment Yuna en juillet 2007 c'est ringard.
PS2 : Je n'ai pas aimé le discours de la présidente de l'amicale des étudiants. Une cérémonie de remise des diplômes n'est pas faite pour que Mademoiselle expose ses multiples exploits personnels et tape sur l'administration de l'AUB, qui n'est jamais à l'écoute des pauvres djeunz libanais. Je suis toujours amazée (dans le sens positif du terme) par la capacité de l'AUB à s'auto-flageller. Tantôt on invite Chomsky et feu-Said à venir critiquer les Américains sur le campus de l'université américaine de Beyrouth, tantôt on laisse la présidente de l'amicale des étudiants descendre en flammes l'administration de l'Université devant 5000 personnes, sous le regard zen et amusé du Recteur. Vive la démocratie !

2007/06/25

Ah les crocrocro

J'ai un peu négligé mon blog dernièrement, non seulement parce que la vie me monte le bourrichon, mais aussi parce que je m'occupe de mon petit crocodile qui est devenu grand, et qui s'en va-t-à la guerre très prochainement... Sur les bords de Nahr El Bared il part; n'en parlons plus. D'ailleurs Malbrough mettra son t-shirt Lacoste et le rejoindra à Pâques ou à la Trinité. C'est comme ça. Un jour viendra car la vie le commande, nos enfants nous quittent et l'aube de leur vie ailleurs se lèvera.
Voici l'histoire de mon crocodile qui pue la vache. Tout a commencé lorsqu'une personne fort chouette m'a offert un growing pet. Il s'agit d'un oeuf de crocodile que vous mettez dans un grand pot de glace vide, et que vous submergez d'eau comme le montre la photo ci-dessous.


15 heures après, le petit crocodile brise la coquille de l'oeuf.


48 heures après, le crocodile adulte, majeur et vacciné ressemble à ça :

Ce crocodile moche n'a peur de rien. Grâce à ses odeurs corporelles, il possède une arme chimique unique et redoutable. On est growing pet ou on ne l'est pas, finalement !

Trêve de pèteries, j'aimerais vous parler de deux jolies choses :

1- Une excellente compil à télécharger chez Barns, qui maîtrise presque tous les éléments de langage. Vous pouvez bien-entendu télécharger les compils Barns1 et Barns2. Bonne écoute !
2- Le billet d'Oberon Brown qui nous raconte le 21 juin très underground qu'il a passé au Basement.






2007/06/17

Alors, je fais-ce-book ou pas ?

Il y a quelques mois, la mode du facebook a fait son apparition au Liban. Le mot Facebook est sur toutes les langues. Tout le monde fèycebouque tout le monde. Les espaces msn sont désertés; les walls de facebook leur ont volé la vedette. Au début, j'ignore ce phénomène de mode. Mais depuis quelque temps, je fais l'objet de pressions de tous genres. Je reçois 2 ou 3 mails par jour (parfois la même personne tente sa chance plusieurs fois), qui portent tous le même sujet : "I've added you as a friend on Facebook"... Pire, je deviens une honte pour ma famille, dont les membres se plaignent d'un harcèlement insoutenable, "Alors ta soeur, elle a toujours pas de facebook ?", "Je trouve pas bee sur facebook, un problème ?" etc.
Il est temps que j'explique ma position récalcitrante. D'abord, j'aime les mulets. Ensuite, l'idée même qu'un individu que je ne connais ni d'Ève, ni d'Adam, encore moins de Caïn ou d'Abel, dispose d'une base de données qui lui permet d'avoir accès à tous mes contacts, de savoir qui est qui et qui connaît qui, de mettre des visages sur tous les noms de la planète, me fout la gerbe. Bien sûr, vous pouvez mettre ça sur le compte de ma parano légendaire, mais vous gagneriez, chers amis, à réfléchir deux secondes avant de juger votre prochain (car il est écrit, ne jugez point, et vous ne serez point jugés) : si Yahoo China a déjà cédé aux desideratas des services de renseignement en Chine, alors pourquoi facebook n'utiliserait-il pas ses réseaux de coordonnées à des fins d'espionnage ? Ou pire, si jamais un pirate réussit à s'infiltrer dans les bases de données de facebook, ah la la, je crois que j'exagère là...
Bref, je n'irais pas jusqu'à dire que Facebook est l'oeuvre de la CIA, mais à mon humble avis, ce projet risque de se transformer en big brother électronique inoffensif peut-être, mais indiscret et hyper gênant. Sur ce, je vais de ce pas creuser des sous-terrains, ocazou Facebook attaquerait (on sait jamais), je veux avoir un endroit sûr avec tout ce qu'il faut pour ma survie (silots à nut', réfrigérateurs géants, etc.)


My Lords and Ladies,
I will prevail,
I cannot fail.
Cos I spy.
Oh I've got your numbers,
taken notes,
I know the ways your minds work;
I've studied.

2007/06/14

Questions débiloises

Pourquoi n'y a-t-il eu aucun attentat à la bombe, aucune voiture qui pète et aucun assassinat politique pendant la guerre de juillet ?
Pourquoi ce qui a échoué à New York, à Beyrouth, au Caire et à Ryad réussirait-il à La-Celle-Saint-Cloud ?
Est-il logique de renoncer à son droit à l'opposition démocratique au sein de l'Assemblée Nationale, pour exercer ce même droit sous une tente ?
Les théoriciens du complot sur les chaînes de "l'opposition" n'ont-il pas honte d'affirmer d'une part que la Syrie est un ami, et d'autre part que les Etats-Unis complotent avec le régime syrien sur le dos du Liban ?
Pourquoi j'ai l'impression que chaque Libanais a sa propre interprétation du texte de la constitution libanaise, (tenez je vous donne la mienne : en vertu de l'art. 4, alinéa 2, du préambule de la constitution, chaque Libanaise et Libanais est tenu de consommer au moins une glace par jour, dans le but de préserver la paix civile et la coexistence entre les confessions) ?
Combien de députés du 14 mars (qu'ils soient gentils ou méchants, c'est une autre question) doivent-ils crever pour convaincre certains que c'est bien le 14 mars qui est visé, et non pas le PKK ou Francis Lalanne ?
Pourquoi, alors que le seul point fort de la majorité parlementaire est justement qu'elle est "majorité parlementaire", le nombre de ses députés est en train de diminuer attentat après attentat ? (je vous entends, non je ne suis pas parano, je me pose des questions, c'est tout)
Quelqu'un aurait-il une bonne recette d'ice-tea ?
Comment expliquer qu'au Liban tout le monde soit armé, sauf ceux qu'on tue ?

Peace.